UNE MAISON DE POUPEE

        Une Maison de poupée…, une parmi bien d’autres, à cette époque, en 1879, quand le dramaturge norvégien Henrik Ibsen écrivit cette pièce, d’ailleurs inspirée d’un fait réel : la véritable première « petite alouette », c’est une jeune amie de l’auteur dont l’amour et les ailes furent brisés par un mari tout puissant. Le drame bourgeois d’Ibsen fit scandale à sa création au Théâtre Royal de Copenhague, tant la dénonciation des rapports entre les sexes et de la place de la femme dans la société y est représentée avec virulence. Sa portée  fut telle que, malgré leur succès – ou à cause de lui – les premières représentations subirent la censure dans plusieurs pays d’Europe ; une actrice allemande refusa même de jouer le rôle, si l’auteur ne modifiait pas la fin ! En France la création eut lieu en 1894 au Théâtre du Vaudeville avec Réjane dans le rôle de Nora.

                                                                         drame bourgeois

                                                                            de Henrik Ibsen

                                                                   Traduction de Régis Boyer

                                               Adaptation et mise en scène de Philippe Person

                                                  Gare du Midi, jeudi 10 janvier 2019 à 20 h 30

Une intrigue subversive

       Pourquoi Nora Helmer, jeune mère au foyer de trois enfants est-elle si enjouée, voire excitée, en cette veille de Noël, dans sa maison bourgeoise ? La fête traditionnelle n’est qu’un prétexte. C’est d’argent qu’il s’agit le plus souvent dans son esprit, de celui que va rapporter la prochaine nomination de son mari, Torvald, comme directeur de banque, à partir du Nouvel An : argent à gagner, à réclamer, à économiser, à emprunter, il est  toujours question d’argent entre les deux époux et même avec des visiteurs amis. Nora, « la petite alouette », « l’étourneau mignon » selon les termes de Torvald ou « la femme enfant » selon son amie Mme Linde, n’aurait-elle que des préoccupations matérialistes ?      L’arrivée inopinée de M. Krogstad va soudain donner la clé de cette obsession, en faisant chanter « le petit oiseauchanteur » sur un ton bien plus grave : il menace Nora de révéler à son mari, le lourd secret qui fait d’elle sa débitrice depuis plusieurs années.  Cette emprise angoissante déclenche alors un choc psychologique qui va transformer sournoisement mais radicalement, l’épouse aimante et soumise, la mère attentionnée, la mondaine  coquette et gaie, en femme à la conquête de sa véritable identité, de sa dignité d’adulte affranchie de la tutelle maritale. Pour cette « épouse-poupée », s’opère, au cours des actes II et III, une révolution douloureuse et solitaire masquée par un comportement apparemment frivole,  avant le dénouement subversif qui a indigné la société patriarcale européenne de la fin du XIXème siècle.