Sorcellerie, manigances et sarabandes

À Irrissary, l’exposition «?Sorcellerie, manigances et sarabandes?» apporte un éclairage inédit sur la fameuse chasse aux sorcières du Labourd et de Navarre au XVIIe?siècle. Rencontre avec son co-auteur, l’historien Claude Labat qui est, avec le dessinateur de BD Marko, à l’origine du livre et de l’exposition.
Comment est venue l’idée de cette exposition??
Elle fait suite à un projet de cinq ans mené avec Marko, et qui a abouti à un livre de 250 pages, «?Sorcellerie, manigances et sarabandes?». L’objectif était de présenter au grand public une vision différente de ces procès, à la lumière des derniers travaux de spécialistes sur ce sujet, autant du côté français qu’espagnol, loin des fantasmes qui portent sur cette période. Pour l’illustrer, Marko a créé non pas des dessins d’illustration mais une sarabande de plus de 800 personnages qui illustrent les mentalités de l’époque. L’idée est de permettre aux visiteurs et aux lecteurs de comprendre que dans la sorcellerie, il y a les fantasmagories de l’époque mais aussi une réalité politique, sociale et géopolitique.?
Quels «?mythes?» avez-vous déconstruit??
Les procès en sorcellerie ont souvent été vus comme une décision arbitraire du roi contre le peuple basque. En réalité, ce sont les nobles du Labourd, voyant leur pouvoir diminué par la montée en puissance des pêcheurs et des armateurs sur la côte, qui ont demandé à Henri IV d’intervenir. Les premiers procès ont d’ailleurs lieu à Urrugne, Saint-Jean-de-Luz et Ciboure, sous fond de querelle avec le seigneur d’Urtubie. Dans cette période instable où émerge une société nouvelle, les procès en sorcellerie sont un bon moyen pour les nobles de reprendre la main. Ils servent également les intérêts du roi, qui négocie alors le futur traité de paix avec l’Espagne et cherche à dessiner une frontière précise traversant le Pays basque.
Vous replacez également les procès en sorcellerie dans un contexte européen…
C’est une dimension très importante. Au xviie?siècle, des chasses aux sorcières très brutales ont touché plusieurs pays, notamment l’Europe du Nord. On associe souvent les procès en sorcellerie à l’Inquisition, mais c’est dans l’Europe protestante qu’ils ont été les plus virulents. D’ailleurs, l’Inquisition va très rapidement arrêter les procès en sorcellerie, car ses supérieurs n’y croient pas. L’Espagne sera ainsi le premier pays européen à stopper ces chasses aux sorcières.

Exposition jusqu’au 20?décembre au Centre d’Éducation au Patrimoine Ospitalea à Irissarry, accompagnée d’un programme d’animations et de conférences.
Rens.?: 05 59 37 97 20 / ospitalea@le64.fr
Livre Sorcellerie – Manigances & Sara­bande. 1600-1620, l’entrée du Pays basque dans les Temps Modernes, de Claude Labat et Marko, éditions Elkar.