D’une guerre à l’autre (1914-1945) par Pablo Tillac

Le Musée Basque présente dincroyables portraits de soldats de diverses nationalités, réalisés pendant la Grande-Guerre par Pablo Tillac, dont certains prêtés par le Musée des Beaux-Arts de Reims. Vient ensuite la découverte du Pays Basque par l’artiste avec des dessins couvrant la période des années 1920/30 jusqu’à la seconde guerre mondiale. Salle Errobi.

Jean-Paul Tillac a vécu trois guerres, les deux guerres mondiales sur le sol français, et la guerre civile d’Espagne dont les répercussions ont été fortes dans le Pays Basque de France. Artiste témoin ou artiste faisant mémoire d’un pays en guerre, Tillac a illustré ces deux approches, l’une journalistique, l’autre approchant de la propagande sous prétexte du clivage entre le bien et le mal, manichéisme exacerbé en temps de guerre.

Paradoxalement la Grande Guerre, la première, a été bien vécue par Tillac. Réformé, il ne dessine que les hommes de l’arrière, ceux qui se préparent à affronter le feu plus tard. Son expérience américaine d’avant-guerre l’incite à illustrer la présence des militaires des États-Unis en Gironde avec sympathie. Ce sont les soldats d’outre Atlantique en goguette qui découvrent le vieux monde et ses habitants au travers du prisme de Bordeaux, une ville de la vieille Europe réputée pour ses monuments et son agrément de vie. Toujours en 14-18, une expérience plus exotique l’amène à côtoyer les auxiliaires de l’armée française, tirailleurs d’Afrique cantonnés pour l’hiver en Gironde. La cruauté de la Grande Guerre n’apparaît pas dans le témoignage de Tillac qui se contente de croquer l’action quotidienne de soldats de l’arrière, l’ennemi demeurant très loin de ses préoccupations. Ce témoignage est en opposition totale avec ses dessins de l’occupation allemande de 1940 où l’artiste se complait à montrer l’horreur monstrueuse des tortures et des assassinats de masse. Il en rajoute à ce qu’il a pu connaître physiquement lors de la présence allemande à Cambo. En 1944, lors de la Libération, il traduit en images les horreurs que l’on découvre peu à peu : les camps et les exterminations, symbolisées pour lui par le massacre d’Oradour-sur-Glane. La montée de la haine, Tillac l’a côtoyée lors de la guerre civile d’Espagne. Il montre les manifestations communistes et anarchistes. Il est présent en Hegoalde lors du soulèvement franquiste de 1936. Il voit les réfugiés républicains affluer en France. La Mort se dresse comme un squelette sur la péninsule, préfigurant le décès de la vieille Europe qui sombre dans la nuit nazie.

L’Entre-deux-guerres et la découverte du Pays Basque traditionnel rural et maritime, loin de la mondanité des stations balnéaires, est pour celui qui signe dorénavant ses œuvres « Pablo Tillac » un enchantement. Passionné par les petites gens et les travaux et traditions populaires, Tillac se fait ethnographe attentif d’un Pays Basque protégé de la modernité. Le Pays Basque, Nord et Sud, est alors vécu comme un havre de paix à l’abri des menaces nationalistes. Le surgissement des monuments aux morts de 14-18 dans chaque village des provinces de France ne semble pas l’émouvoir. L’industrialisation de Bilbao, la naissance du tourisme balnéaire et même le thermalisme qu’il découvre à Cambo ne sont pas pour lui des sujets d’étude.